René Girard

Le temps de l’innocence, d’Edith Wharton, au programme des classes prépas

Il doit y avoir quelque part, haut placé au Ministère de l’Education Nationale, un réactionnaire masqué qui définit les merveilleux programmes de français des prépas scientifiques. Ces programmes, depuis deux ans, constituent une déconstruction en règle de toute la rhétorique de gauche qui soumet toute la société à l’hypertrophie des droits de l’individu. En 2023, […]

Copé, la victime émissaire et le misanthrope

Copé s’est abondamment présenté, sur tous les plateaux télé, comme une « victime innocente, un bouc émissaire » en précisant bien lourdement qu’il entendait ces termes au sens de René Girard. Pour Girard, les hommes, soumis au désir mimétique, ont tendance à expulser la violence à certains moments de leur histoire en désignant arbitrairement une victime émissaire,

René Girard, Kundera, Galilée et le Progrès : l’avenir imprévu d’une illusion

Il avait été finalement, bien tardivement, élu à l’Académie française. Mais il n’a jamais pu enseigner en France. Dès le départ, il faut donc signaler ceci: l’Université française a fait subir à René Girard ce que l’inquisition catholique n’a jamais imposé à Galilée – une censure quasi totale. Un des grands découvreurs de l’Humanité, au

« Je fais bien plus d’efforts que toi »

Toujours dans ce petit livre d’entretiens avec Girard dont je vous parlais l’autre jour, et dont décidément je trouve que les meilleures parties ne sont pas de Girard, la mise en évidence par une psychiatre d’un schéma qui se reproduit dans les familles où une fille est anorexique: Il y a une rivalité pour occuper

Comment la publicité crée l’anorexie

La télé a été introduite pour la première fois aux îles Fidji en 1995. Jusqu’alors, la notion de régime était inconnue – la culture locale valorise les grosses. Mais en 1998, 74% des lycéennes se sentaient « trop grosses » et 69% avaient tenté de se mettre au régime. 11% avaient tenté de se faire vomir (0%

Une explication mimétique de la crise financière (pourquoi nous sommes tous coupables)

J’ai déjà expliqué pourquoi cette crise, qui est apparue d’abord comme une crise financière est d’abord une crise économique. Depuis une trentaine d’années, les foyers américains se sont endettés pour consommer (1000 milliards de crédit-revolving en cours) et pour se loger (les subprimes, qui ont entraîné la faillite de Lehman, en septembre dernier). L’endettement des

Pulp Fiction: trois rédemptions et un châtiment

Violence et humour cachent le fait que Pulp Fiction est une mise en scène quasiment didactique des thèses de René Girard sur la violence, la grâce et la rédemption. Le film est constitué de trois histoires presqu’indépendantes – le deuxième titre du film qui apparaît dans le générique est "Three stories about One story".

– Première histoire : Elle commence par une liquidation violente de trois petits malfrats par deux tueurs (Vincent Vega, joué par John Travolta et son collègue Jules) et se termine par un braquage dans une caféteria.

– Deuxième histoire: C’est le récit de la soirée passée entre Vincent Vega et Mia, la femme de Marsellus, patron de Vincent.

– Troisième histoire : Butch, le boxeur (Bruce Willis), arnaque Marsellus – un truand violent. En tentant d’échapper aux griffes de Marsellus, Butch tue Vincent Vega. Marsellus et Butch se retrouvent prisonniers d’une bande de sado-masochistes, dont ils finiront par se libérer, grâce à Butch.

La structure du film est cyclique. Les trois histoires sont présentées de façon intercalée. Le film commence par le braquage de la cafétaria et se termine par cette même scène – filmée deux fois, donc, mais pas à l’identique: les dialogues des personnages diffèrent entre le début et la fin du film, ce qui a son intérêt mais ne constitue pas le sujet de ce billet.

Une critique de l’origine de la domestication et de l’agriculture selon René Girard

Hypothèse de René Girard sur l’origine de la domestication animale (1) : « On a commencé à traiter les animaux comme des êtres humains afin de les sacrifier,en remplaçant les victimes humaines par des victimes animales ».

La principale raison avancée par René Girard pour justifier son hypothèse est que les théories existantes ne lui paraissent guère vraisemblables. En particulier, « le motif initial ne peut pas être l’avantage économique… contrairement à ce qu’imagine le rationalisme un peu court de Régis Debray dans son Feu Sacré. La domestication ne peut pas avoir été programmée ».

Sauf que le « motif économique immédiat » est absent d’énormément d’inventions humaines. Houellebecq définit l’homme comme un « animal ingénieux » est c’est un fait que son activité d’invention s’est déployée tous azimuts, l’intérêt économique de l’invention elle-même ayant un côté presque secondaire.

On reste rêveur devant l’acharnement mis par certains hommes à découvrir des choses totalement inutiles, je vais faire une petite liste évidemment non exhaustive :

  • le premier homme qui a appris à nager a dû mettre des semaines à réaliser quelque chose qui n’a aucun intérêt économique et qui au contraire présente un danger mortel
  • le premier homme qui a fait du chocolat a du préalablement manger des tonnes de cacao amer (quasiment inmangeable). Idem pour le premier sirop d’érable… Quelle mouche a donc piqué l’inventeur pour réaliser et tenter de manger ce sirop ? (Avec n’importe quel autre arbre, vous obtenez quelque chose d’inutilisable… La réalité, c’est que l’homme, en tant qu’espèce, a essayé tous les arbres, aussi incongru que cela puisse paraître. Et avec l’érable, il en a retiré quelque chose).

Bref, la recherche est une activité humaine naturelle, que nous justifions parfois par l’intérêt économique mais dont l’intérêt économique n’est en aucun cas la cause. L’explication fonctionnaliste est bien illusoire, mais cela ne justifie en rien l’hypothèse de Girard.

René Girard : l’avenir imprévu d’une illusion

René Girard vient d’être élu à l’Académie Française. Une reconnaissance tardive et un peu faible pour un des plus grands découvreurs de notre temps.

René Girard est un découvreur, au même titre que Newton ou Freud. Ces écrits sont exceptionnellement clairs et articulés autour de quelques découvertes fondamentales, telles que le désir mimétique (dans le Roman, dans la Bible) ou les mécanismes victimaires et la violence. René Girard, c’est un des seuls grands auteurs modernes qu’on peut lire pratiquement sans référence et sans explication externe. Vous ne pouvez pas faire ça avec Freud, qui invoque à tout moment « l’expérience thérapeutique » (souvent peu vérifiable).

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