Un peu plus de 40 ans de retard 20 novembre 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 4 204 fois | 5 commentaires
Plutôt que de nous demander ce qu’on allait pouvoir faire pour notre pays, j’aurais nettement préféré que Ségolène nous demande ce qu’on allait pouvoir faire pour l’Humanité, prise dans le sens le plus large : espèce humaine, grandes espèces animales, la planète.
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Bush: le pire Président américain depuis Jimmy Carter – et même plus. 10 novembre 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 7 225 fois | 2 commentaires
Que retiendra-t-on de Bush ?
Il a durablement affaibli l’Amérique en divisant ses forces entre l’Afghanistan – où il était naturel qu’il aille – et l’Irak, où il est allé pour des raisons idéologiques (au mieux) ou économiques (au pire).
Le résultat, c’est qu’on n’a pas pris Ben Laden, on n’a pas réduit Al-Quaïda et surtout, les Etats-Unis ne peuvent plus peser sur l’Iran ni la Corée – la non maîtrise du nucléaire est la manifestation de l’incompétence de Bush, même si tout n’est pas perdu.
Jimmy Carter avait aussi affaibli la position américaine mais pas durablement car il n’avait pas à ce point entamé les réserves en envahissant des pays sans raison.
Alors que l’impact politique, économique et psychologique de l’Irak se fera sentir pendant des années.
La démocratie ne se propage pas (toujours) par l’exemple.
Bush – et beaucoup d’américains – pensaient que les irakiens placés devant le « modèle » démocratique l’adopteraient.
Mais c’est une position aussi idéologiquement fausse que « le sens de l’Histoire » auquel croyaientt les communistes. La démocratie ne se propage que si certaines conditions sont réunies (ce dont, par parenthèses, on ferait bien de se souvenir pour la Chine: ce n’est pas parce qu’ils font du commerce avec nous qu’ils vont automatiquement devenir comme nous. Capacité à rentrer des devises n’est pas synonyme d’ouverture démocratique.
Tocqueville écrivait, en parlant déjà de l’Amérique, que les grandes démocraties peuvent plus facilement faire des erreurs (de par le manque d’expérience relative de leurs dirigeants et l’ignorance du peuple) mais qu’elles sont aussi plus à même de les corriger rapidement. Eh bien, on y est.
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Echange 1 Islande + 1 Norvège contre 1 Turquie
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 4 740 fois | 1 commentaire
L’Islande reprend la chasse à la baleine.
A chaque fois ce genre d’actions se prépare en 3 étapes:
Corruption / Lobbying:
- Rapport « d’experts » grassement payés comme quoi l’espèce n’est pas en danger (même genre de choses concernant les phoques au Canada: on nous fait croire qu’exterminer 30% de la poulation chaque année, c’est de la bonne gestion des ressources !).
- « Subventions » et pots de vins accordés aux pays membres des commissions internationales chargées de légiférer sur le sujet et à leurs représentants (cas du japon auprès de la Commmission Baleinière Internationale)
Mensonges :
- Les pays annoncent vouloir reprendre la chasse pour des raisons scientifiques (Islande, Norvége, Japon) – On se demande bien quelles raisons et elles en sont évidemment jamais données.
- L’espèce est dénoncée comme dangereuse pour l’environnement (les phoques réduisent la quantité de poisson, les baleines « constituent une menace pour les réserves halieutiques »).
(Alors qu’évidemment, la seule menace pour l’environnement, aujourd’hui, c’est toujours l’Homme).
Opacité:
Le pays annonce des quotas qui semblent raisonnables, mais ceux-ci étant difficilement contrôlables et les autorités facilement « tolérantes », ils ne sont jamais respectés – en toute complicité . Ainsi, l’Islande ferait tout ce foin pour « 30 petits rorquals » par an.
Je parlais dans un précédent billet des problèmes apparemment « peu sérieux » et dont on comprend petit à petit qu’ils le deviennent.
Pour moi, la solution à ces problèmes doit être politique. Il faut pouvoir prendre des sanctions économiques et politiques contre ces pays, comme on doit pouvoir le faire, toutes proportions gardées, contre l’Iran.
C’est là où les politiques ne sont plus en prise avec la situation et là où un Nicolas Hulot peut sans doute peser.
Et philosophiquement, je n’ai rien contre l’entrée de la Turquie dans l’Europe, mais dans ces conditions, je n’y tolère pas l’Islande (qui de toutes façons n’y est pas) ni la Norvège.
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De l’importance des poires 30 octobre 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 10 054 fois | 4 commentaires
Il y a un roman de Kundera, je crois que c’est "Le livre du Rire et de l’Oubli" où la mère du héros, au moment de l’invasion de Prague par les chars russes s’inquiète parce que du coup personne n’est disponible pour cueillir les poires du jardin. Evidemment, aux yeux de tous, la cueillette des poires du jardin paraît une activité bien futile au regard de l’Histoire en marche. Pourtant, le héros, Karel, quelque temps après, sympathise avec le point de vue sa mère et adhère même à son point de vue: la poire est éternelle et le tank est périssable. Ce que le héros veut dire, je pense, c’est que si un jour la poire ne revenait plus, les effets seraient infiniment plus dévastateurs que la présence ou que la disparition du tank.
Kundera prend aussi l’exemple du merle, qui a abandonné son habitat forestier pour suivre l’homme dans les villes. Evidemment, les historiens "sérieux" n’interprèteront pas l’histoire des derniers siècles comme celle de l’évolution de l’habitat du merle – il y a eu deux guerres mondiales, le nucléaire, le proche-orient, etc… – mais au regard de la planète, l’évolution des habitudes du merle est plus importante que les péripéties historiques de l’histoire humaine.
L’histoire du temps présent, c’est que de plus en plus de personnes sont en train d’adopter le point de vue de la mère du héros de Kundera parce qu’au fur et à mesure que l’éternel retour de la poire se fait de plus en plus douteux, ces sujets dit "futiles" passent au premier plan. Il y a encore 20 ans, seuls les doux dingues, les écolos et quelques gauchistes faisaient passer ces considérations "écologiques" au premier plan. Et encore n’avaient-ils le plus souvent que des justifications très affectives ou personnelles comme la mère de Karel.
Mais maintenant que la survie de la planète, des espèces et de l’homme est devenue douteuse, tous les critères "classiques" au sens historique du terme (c’est à dire qui mettent l’homme au centre) sont devenus obsolètes et ceux qui ne le comprennent pas (ou qui ne l’interprètent que comme un mouvement d’opinion dont il faut tirer parti comme le font la plupart de nos politiques) vivent dans le passé.
Et je vous cite à nouveau Romain Gary (dans L’Affaire Homme, c’est bien de ça qu’on parle), parce qu’on ne saurait mieux dire :
"Il est absurde d’encombrer nos musées d’oeuvres d’art et de dépenser par millions pour la beauté, puis de la laisser détruire gratuitement, dans toute sa splendeur vivante."
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Mieux vaut condamner l’incompétence que rendre chaque citoyen compétent 25 octobre 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 4 071 fois | 3 commentaires
Dans la volonté de Ségolène Royal de constituer des jurys de citoyens, il y a au moins une illusion et un non-dit.
L’illusion, c’est qu’un tel jury serait plus à même d’évaluer les politiques publiques que le corps électoral pris dans son ensemble. C’est une sorte de généralisation du « small is beautiful » repris actuellement par Ségolène Royal dans la phrase « chaque citoyen est un expert ». Or n’importe quel avocat d’assises vous le confirmera, il n’y a rien de plus manipulable qu’un jury encadré par un expert. C’est le comportement du juge dans le huis clos qui suit les débats qui fait la condamnation dans 90% des cas – du moins dans la pratique française.
Le non-dit, c’est que la principale raison d’être du jury, c’est l’anonymat des participants. Comme le jury a historiquement le droit de vie et de mort, il ne faut pas que la vengeance du condamné – ou de sa famille – puisse se retourner contre un des membres en particulier. Dans tous les pays où il y a une tradition de peine de mort, le jury est composé de membres anonymes. Pour la même raison, tous les fusils du peloton d’exécution sont chargés à blanc sauf un seul – mais ces fusils sont distribués au hasard aux tireurs, ce qui fait que le crime est anonyme, « réparti » entre tous les tireurs. Il n’y a plus de responsabilité individuelle, donc la vengeance est impossible.
Ce que veut Ségolène Royal, consciemment ou pas, c’est donc flinguer les élus de façon anonyme, au nom du Peuple Français ! Que la démocratie actuelle ne fonctionne pas, qu’elle ait des problèmes de représentativité, c’est un fait. Mais le jury n’est qu’une réponse inadaptée de plus à un problème réel.
D’ailleurs, le problème n’est pas tant dans la représentativité – rien n’a changé depuis les années 60 – que dans le fait que la classe politique est perçue comme soudée, fermée et corrompue et que les hommes politiques ne sont condamnés que dans des cas extrêmes car la corruption, concrètement, c’est presque toujours improuvable.
Il y aurait à mon avis une façon simple de crédibiliser la vie politique, c’est de faire une loi qui identifierait corruption et incompétence. Autrement dit, le juge n’aurait plus besoin de prouver la corruption ou le détournement de fond, il devrait juste mettre en évidence le fait que la collectivité a été lésée, même sans raison apparente. Aux Etats-Unis, cette notion existe et contribue grandement, à mon sens, à la confiance des citoyens dans leurs institutions – et au sens de l’intérêt public que peuvent avoir les élus et les fonctionnaires !
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Pas de démocratie sans pouvoir personnel 9 octobre 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 4 697 fois | 1 commentaire
Jacques Attali fustige, sur son blog, non pas la décision de Jacques Chirac de mieux valoriser les pensions des anciens combattants d’outre-mer, mais la façon dont la mesure a été prise. Suite à un film et sans débat parlementaire. « Peut-on appeler démocratie, se demande-t-il, un pays où un président peut décider à sa guise de l’usage du budget de la nation ? ».
Il faut bien sûr éviter le glissement de la démocratie vers le despotisme. Mais pour moi, un des grands dangers de toutes les démocraties, c’est le glissement vers une forme de dictature bureaucratique.
Le jour où plus personne en France ne pourra prendre de décision seul, cela voudra dire que nous sommes dans un système soviétique où les assemblées (du peuple) et les administrations contrôlent tout, décident de tout – rien de plus inhumain.
Et je trouve plutôt rassurant, à partir du moment où il est élu démocratiquement, que le Président puisse prendre des mesures significatives en urgence, surtout quand il s’agit de mesures symboliques telles que l’augmentation des pensions ou la nécessité de la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie.
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Beau comme du Web 2.0 16 septembre 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 5 485 fois | 2 commentaires
Qui a dit :
« L’intelligence collective du citoyen n’est plus à opposer à ceux qui savent, aux experts d’en haut.
Dans la démocratie participative que j’appelle de mes voeux, tout sera mis sur la table, en débat avec les citoyens ».
Larry Page ? (Non, car tout ça a été dit en français). Loïc le Meur ? (Non plus, c’est du bon français).
Eh bien, c’est Ségolène Royal, ce week-end, à Lens.
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Prêt à penser, propagande, amalgame: lisez le dernier Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde. 1 août 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 5 664 fois | 2 commentaires
Un article de Pierre-Antoine Delhommais, dans le Monde, pompeusement intitulé « L’obscure lubie des objecteurs de croissance« .
Tous les défauts du journalisme à la grand-papa y sont présents: c’est simpliste, caricatural et bassement politique (au-sens où l’article est un pur article de propagande, qui procède par amalgame, dans le grand style de l’Huma ou du Figaro).
En gros, l’auteur s’oppose aux thèses qui visent à réduire la production industrielle pour sauver la planète.
Et voilà les arguments employés.
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Conflit Israël – Liban: êtes-vous plutôt Materazzi ou Zidane ? 19 juillet 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 7 824 fois | 9 commentaires
Allez, pour faire plaisir à Vincent et à Canard, je mets fin – avec une transition qui me semble hyper élégante mais sans doute d’assez mauvais goût – aux billets sur Le Mondial.
Avez-vous vu l’identité apparente de structure entre le coup de boule de Zidane, en réponse à la provoc de Materazzi et la réaction qui semble elle aussi disproportionnée, d’Israël face aux roquettes du Hezbollah ?
Je me suis baladé pas mal dans les blogs et je me suis intéressé à 2 catégories de commentateurs: les musulmans et les juifs français.
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60 millions de terroristes 10 juillet 2006
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 8 749 fois | 111 commentaires
Je ne sais pas si Materazzi a vraiment dit ça mais vous avez du voir circuler sur le Web les paroles qu’on lui prête :
» Taciti, enculo, hai solamente cio che merite… » (Tais toi enculé, tu ne reçois que ce que tu mérites…)
C’est à ce moment que Zidane s’éloigne quelque peu du défenseur italien, qui poursuit, dans son dos :
« meritate tutti ciò, voi gli enculato di musulmani, sporchi terroristici » (vous méritez tous ça, vous les enculés de musulmans, sales terroristes)
Vous savez que d’habitude, je ne suis pas trop pour ce genre de méthodes (sans doute un fond héréditaire d’humanisme béat), mais là, j’aimerais bien qu’on lui colle une petite fatwah, au Materazzi.
Une bonne petite fatwah à la Rushdie, celle qui dure, celle du style « même dans 60 ans, si je mets le pied dehors, il se peut toujours qu’un excité fanatique – ou juste un footeux frustré – vienne me zigouiller ! (Et bien sûr, plus question de jouer au foot: un stade rempli, c’est trop exposé…) »
Et je pense que, pour une fois, beaucoup de français approuveraient !
Parce qu’aujourd’hui, nous sommes 60 millions d’enculés musulmans terroristes.
Ajout: Bouteflika, autre grand humaniste humoriste, arrive pratiquement aux mêmes conclusions que moi, mais reste un peu plus modéré (un comble !). Il félicite chaudement Zidane d’avoir réagi « en homme d’honneur face à une grave aggression« …
Ajout 2 (20 juillet 2006): Le fait que, « visiblement », les injures de Materazzi n’ont eu aucun caractère raciste (Zidane vient de le déclarer à la FIFA) relativise, (c’est le moins qu’on puisse dire, mais comme j’en suis l’auteur, je n’ai pas envie de dire « discrédite » ou « ridiculise »), le contenu de ce billet et d’une bonne partie des 100 commentaires ci-dessous…
Mais on a quand même bien rigolé, non ?
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