En Iran, nous n’assistons pas à une guerre, mais à un coup d’Etat.

Dans « La technique du coup d’Etat », Malaparte analyse la façon dont les Bolcheviks (Trotsky) ou un fasciste comme Mussolini ont pris le pouvoir au début du XXème siècle. Hitler ne fait pas encore partie de la liste puisqu’au moment où sort le livre, son premier coup d’Etat (1923) a échoué – et Malaparte nous explique aussi pourquoi.

Pour résumer en quelques lignes la thèse de Malaparte, la prise de pouvoir n’est pas un affaire politique ou populaire, c’est une question technique. Les Bolcheviks sont un tout petit groupe, mais ils sont organisés et s’emparent très rapidement de tous les centres du pouvoir réel (postes de télécommunications, gares, centrales électriques, ministères, police..), ce qui désorganise l’Etat tsariste et l’empêche de réagir. 

Trotsky a compris qu’il suffit de s’emparer des centres nerveux de Saint-Petersbourg. La révolution devient une simple opération technique de prise de contrôle de l’Etat. Dans cette mécanique, le peuple n’est ni moteur, ni obstacle. 

On ne peut pas comprendre la logique de l’intervention iranienne sans ce petit livre. Car ce qui se passe en Iran n’est pas une guerre mais un coup d’Etat (certes un coup d’Etat géant, avec des moyens militaires jamais vus ni rassemblés en l’espèce).

L’Iran est un régime déjà mort, sa population ne le soutient plus, sauf peut-être les rares qui bénéficient directement du régime. En Mars 2026 , aucune footballeuse n’a spontanément chanté l’hymne iranien ce qui suggère un soutien au régime inférieur à 4%1. On peut comparer ce régime à un arbre mort: même si quelques branches à son sommet verdissent encore, il va tomber – tout le problème est simplement de savoir quand. Pour un arbre comme pour un régime, cela peut prendre des années. La situation est très comparable à celle de l’URSS en 1989, régime mort, mort depuis des dizaines d’années, qui tombe en quelques semaines, spontanément – mais qui aurait pu le prédire dès 1988 ?


Quand on parle de “guerre”, quand on recherche, comme le font tous ces généraux de plateau, des “buts de guerre”, on fait fausse route. Il n’y aura pas de bataille rangée, ou alors ce sera à la fin et très ponctuel. Comme il s’agit d’un coup d’Etat, les objectifs des Américains et des Israéliens sont bien plus civils que militaires. Il s’agit de prendre le contrôle des centres de pouvoir et de réduire à néant les moyens policiers et de communication que le régime a mis en place pour durer (essentiellement la police et les gardiens de la révolution). On a vu en effet, lors des journées d’émeutes, que quelques dizaines d’individus armés pouvaient en massacrer 30 ou 50 000 très facilement. et très rapidement

Il n’y aura pas de guerre.Toute concentration iranienne militaire au sol serait instantanément bombardée par les alliés. L’armée iranienne – si tant est qu’elle existe car pour qu’il y ait armée populaire, il faut qu’il y ait soutien populaire – ne peut pas peser.

A partir de là, les seuls buts des alliés sont de réduire à zéro les centres de police ou paramilitaire, où se trouvent les moyens policiers du régime. De tels points peuvent rassembler quelques personnes à, tout au plus, quelques dizaines de personnes. Si 500 000 personnes soutiennent encore le régime, on parle de dizaines de milliers de frappes. C’est un travail énorme, qui prend plusieurs semaines mais qui n’est pas en soi risqué pour les alliés. Le seul frein réel: la presse et les généraux, anti-américains, anti-israéliens ou pro-américains qui font croire qu’il y a impréparation ou enlisement là où ce n’est pas le cas et qui, de par leur influence, pourraient forcer les Américains au retrait.

Ce genre de coup d’Etat n’aurait pu être mené au temps de Malaparte. Il mobilise tous les moyens technologiques modernes, dont évidemment l’intelligence artificielle. On peut voir des barrages de police de quelques personnes, dans la rue, être liquidés par drônes. Le Mossad va jusqu’à appeler individuellement des commandants du Bassidj pour les démoraliser ! 

En face, le régime s’est préparé et a séparé au maximum ses centres de commandement et ses forces de police. Si un jour il y a quelques troupes alliées au sol, il a probablement pris des mesures pour se rassembler : tout se jouera donc sur le contrôle des moyens de communication avec une tâche très délicate: la population a besoin de communications pour agir mais ces communications vont aussi profiter au régime.

Il est possible cependant qu’il n’y ait jamais de bataille finale au sol. Le plus probable est que le régime disparaisse de lui-même, un beau jour de printemps. Comme l’armée Allemande s’est retirée sans combattre un beau jour d’automne 1918, comme le mur de Berlin est tombé spontanément en 1989, comme même la royauté est tombée en 1789, presque sans résister. Les arbres morts tombent le plus souvent sous leur propre poids, il faut juste les aider.

  1. (Loi binômiale) ↩︎

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