L’IA permet depuis quelques mois de développer du code très rapidement et à un très haut niveau. Les sociétés éditant du logiciel ont récemment perdu une grande partie de leur valeur car le marché craint qu’elles ne soient concurrencées par l’IA. Ainsi SAP est passée en 3 mois de 240 à 170 EUR. Dassault Systèmes a chuté de 30 EUR à 16 EUR. Les sociétés cotées éditant du logiciel aux USA ont perdu environ 1 000 milliards de dollars de valorisation boursière.

La crainte des investisseurs est que les logiciels puissent être facilement refaits, effaçant ainsi l’investissement déjà réalisé par les éditeurs. Et il est vrai que pour un logiciel comme SAP, dont les règles sont parfaitement connues et documentées puisqu’il s’agit des règles de comptabilité, de gestion, etc, règles déjà formalisées et qu’on retrouve dans des milliers de manuels divers, on peut tout à fait concevoir que l’application soit redéveloppée par une IA, ou par une équipe réduite ayant accès à une IA.
Je développe avec une IA depuis quelques mois et il y a deux constatations clés à faire:
- L’IA réduit d’un facteur 10 à 100 la durée des développements.
- L’IA réduit énormément la compétence informatique nécessaire dans l’équipe de développement. Ainsi, j’ai probablement aujourd’hui une productivité comparable à un développeur très expérimenté utilisant l’IA, alors que je n’avais quasiment pas développé depuis 30 ans. L’IA comble presque totalement mon manque de pratique. Ainsi, il y a aura de moins en moins de différence entre un junior et un senior. Et peut-être même n’y aura-t-il bientôt plus besoin de connaitre quoi que ce soit en informatique.
Ces deux effets composés induisent effectivement un changement radical du secteur. Redévelopper un logiciel a toujours coûté moins cher que le développer pour la première fois, mais les gains étaient limités (disons un facteur 2) et le risque à le faire restait réel (il fallait une équipe aussi compétente que celle ayant développé le logiciel original, or les bons développeurs sont rares). A ceci s’ajoute évidemment la barrière à l’entrée commerciale – arriver en second sur un marché n’est pas idéal. Bref, un concurrent voulant répliquer le modèle SAP doit investir plusieurs centaines de millions d’euros, dans un contexte très risqué – c’est une des raisons pour laquelle la valeur de SAP est très forte.
Mais si le coût de développement devient quasiment nul ? Et si on réduit le risque technique lié au développement ? Toutes les sociétés faisant un peu de service autour de SAP ou même simplement dans un secteur connexe à SAP (cabinets d’expertise, d’audit, de service autour du logiciel…), deviennent susceptibles de concurrencer SAP.
Pour une société comme Dassault Systèmes, la logique est tout à fait différente. Dassault Systèmes développe des logiciels de modélisation numérique comme Catia qui nécessitent un énorme savoir-faire métier. La barrière à l’entrée technique réside donc non seulement dans le développement du logiciel mais dans la connaissance du métier ou des algorithmes intégrés dans le logiciel. L’IA attaque simultanément ces deux barrières mais le fait qu’elle s’ajoutent l’une à l’autre rend Dassault moins fragile à court terme qu’une société comme SAP.
Autre cas de figure similaire, la société Synopsys qui développe les algorithmes servant à concevoir les puces électroniques. Elle a donc un triple savoir-faire en développement logiciel, en algorithmes et en électronique. Qui plus est, elle profite du développement de l’IA puisque ses clients sont Nvidia, Intel, OpenAI, Google, Apple… Elle devrait résister au moins quelque temps à la pression technologique mise par l’IA.
La Bourse a pour l’instant sanctionné de façon globale et aveugle l’ensemble des éditeurs de logiciels alors que certains ne seront pas touchés (à court terme, j’insiste !) par la révolution de l’IA. Des sociétés comme Dassault ou Synopsis devraient subir de violentes corrections à la hausse dès que le marché s’en rend compte.
(La suite: comment utiliser l’IA pour lancer ma startup ?)
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