“Continuité pédagogique”, c’est le terme qui finalement semble s’imposer et qui regroupe les différentes initiatives lancées dans l’enseignement supérieur (j’en ai parlé cet été) et qui vont être lancées sous peu dans le primaire et le secondaire par l’Education Nationale.
Il y a quelques années, j’entendais parler un peu partout de l’école “tout au long de la vie”. On commence à se rendre compte que ce serait déjà pas mal de faire l’école “tout au long de la journée”.
La continuité pédagogique regroupe l’ensemble des méthodes et techniques pour que l’élève ou l’étudiant puisse interagir avec le professeur sans qu’il y ait contact physique et simultané entre élève et professeur.
- Il y a les outils qui permettent d’interagir en temps différé (Speechi / podcasts, vidéocasts… ou simples fichiers numériques pdf). Ces outils sont en gros destinés à remplacer une session en amphi.
- Il y a les outils qui permettent d’interagir en direct avec un ou plusieurs élèves (Speechi en version Share, logiciels de WebConférence), en apportant éventuellement à l’élève un niveau d’interactivité comparable à ce qu’il trouve dans une salle de classe (logiciel de réunion eBeam, livré avec le tableau interactif).
Nous travaillons sur ce sujet depuis maintenant 5 ans; il se situe au coeur des développements que nous effectuons avec Speechi (plus de 20 000 utilisateurs dans l’enseignement supérieur). Je ne peux que me féliciter de ce genre d’initiatives. Internet est à mon sens plus un danger qu’une chance pour les élèves et toutes les initiatives visant à en faire un outil de propagation du savoir réel sont bonnes à prendre.
Aujourd’hui, les barrières ne sont plus technologiques, mais se situent dans la force des habitudes, des usages établis. Il faut que les professseurs les intègrent dans leur quotidien. Je considère que notre travail à nous, Speechi, est de rendre les techniques non pas plus performantes mais plus simples, plus collaboratives, plus ludiques. Je considère que le Facebook de l’enseignement reste à créer.
L’Education Nationale est pressée par le temps et l’urgence est un des gros dangers.
Comme il est impossible de changer en quelques semaines les habitudes de millions d’enseignants, il sera impossible d’utiliser massivement ces nouveaux outils pour résoudre le(s) problème(s) d’absence liés à la grippe. Tout au plus peut-on, en s’appuyant sur les professeurs les plus innovants qui ont déjà intégré les technologies dans leur pratique, de communiquer autour des expériences, de s’en servir pour convaincre des professeurs de les intégrer plus tard. C’est un effort de très long terme, il faudra des années.
Dans le supérieur, les choses sont presque pires. Une des raisons avouées de la continuité pédagogique, c’est de contourner le problèmes des grèves (amphis fermés, bloqués…). Si la continuité pédagogique est réduite au rang de “briseur de grèves”, elle sera rejetée par les professeurs et les élèves et la France prendra un retard durable sur les Etats-Unis et les pays scandinaves.
Bref, le vrai danger est que les enjeux réels dépassent, de loin, les enjeux affichés: ce qui est en jeu, c’est l’éducation du futur, l’égalité des chances, la place de la France dans 20 ans, la citoyenneté.
J’aimerais bien savoir aussi quel technocrate a pondu le terme “Continuité pédagogique” – difficile de faire plus repoussant, moins “vendeur”. Pourrait-on faire attention à ce genre de choses et rajouter un peu de grandeur dans la communication ? Les enjeux sont élevés, pourquoi ne pas les nommer ?
Imagine-t-on Eluard :
“Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur mon tableau interactif
Mon ordinateur connecté
Sur mon cartable électronique
J’écris ton nom:
Continuité Pédagogique !